October 7, 2025

Les signaux en provenance du marché du travail américain se sont détériorés au cours du mois de septembre.
Le secteur privé a détruit 32 000 emplois, un recul concentré principalement dans les PME et les services.
L’indice d’emploi du secteur des services est passé sous le seuil de 50, niveau généralement associé à une contraction de l’activité mesurée par cet indicateur.
Dans le même temps, les annonces de licenciements atteignent leur niveau le plus élevé depuis 2020. Parallèlement, la proportion de ménages estimant que les emplois sont abondants est tombée à son plus bas niveau depuis 2021.
Cette dégradation du climat de l’emploi s’accompagne d’un recul de la confiance des ménages, qui atteint son niveau le plus faible depuis cinq mois.
Malgré ces signaux de ralentissement, la consommation demeure solide.
Les dépenses réelles ont progressé de 0,4 % en août, marquant un troisième mois consécutif de hausse.
Cette résistance intervient alors que le taux d’épargne s’établit à 4,6 %, un niveau proche de ses plus bas récents. Les ménages semblent ainsi continuer à soutenir leurs dépenses en mobilisant une partie de leurs réserves financières.
Un autre facteur contribue à cette dynamique : l’effet richesse.
L’effet richesse désigne la tendance des ménages à consommer davantage lorsque la valeur de leurs actifs financiers ou immobiliers augmente.
Selon cette lecture, la bonne tenue des marchés financiers et de l’immobilier continue de soutenir le moral et les dépenses d’une partie des ménages.
Derrière la résilience de la consommation se cache une répartition très inégale des dépenses.
Les 10 % des ménages les plus aisés représenteraient à eux seuls environ la moitié de la consommation totale.
À l’inverse, les 60 % les moins riches pèseraient pour moins d’un cinquième des dépenses.
Cette configuration suggère une économie portée par une fraction relativement réduite de la population, tandis qu’une majorité de ménages fait face à un environnement plus difficile en matière de confiance et de pouvoir d’achat.
Cette divergence peut contribuer à expliquer pourquoi certains indicateurs économiques restent robustes alors que d’autres se détériorent nettement.
Au-delà des fondamentaux économiques, les conditions de liquidité demeurent un facteur central.
Les réserves bancaires restent élevées, ce qui contribue à maintenir des conditions financières décrites comme abondantes.
Cette liquidité soutient les marchés financiers, lesquels alimentent à leur tour l’effet richesse observé chez les ménages les plus exposés aux actifs financiers.
Une forme de boucle se met ainsi en place : la liquidité soutient les marchés, les marchés soutiennent la confiance de certains ménages, et cette confiance alimente la consommation.
Toutefois, plusieurs éléments suggèrent que ce soutien pourrait devenir moins puissant.
Les réserves bancaires diminuent, les tensions sur le marché du repo sont mentionnées et le taux d’épargne demeure faible.
Le marché repo est un marché de financement à court terme utilisé par les institutions financières pour gérer leur liquidité quotidienne.
Les données actuelles dessinent un paysage contrasté.
D’un côté, les indicateurs de l’emploi montrent des signes de ralentissement. Les destructions d’emplois, la baisse de confiance des ménages et la progression des annonces de licenciements traduisent une fragilisation progressive du marché du travail.
De l’autre, la consommation continue de progresser grâce à un mélange d’épargne résiduelle, d’effet richesse et de conditions financières encore favorables.
La question pour les prochains mois est donc celle du relais de croissance.
L’hypothèse favorable repose sur une baisse attendue des taux d’intérêt susceptible de soutenir l’investissement et l’emploi.
Le principal risque évoqué est celui d’un choc de liquidité ou d’une correction importante des actifs financiers qui viendrait affaiblir l’effet richesse et casser la dynamique de consommation.
Dans ce contexte, les niveaux de valorisation du marché américain laissent apparaître une marge d’erreur potentiellement réduite en cas de dégradation de l’environnement économique ou financier.