March 3, 2026

Le LNG représente environ 13 à 14 % du gaz consommé dans le monde, mais plus de 70 % du commerce international de gaz. Cette concentration lui donne un rôle central dans la fixation des prix mondiaux.
L’Europe dépend désormais à 35 à 40 % du LNG pour son approvisionnement en gaz, contre environ 40 % de gaz russe avant 2022. Cette évolution a profondément modifié la structure énergétique du continent.
Une partie importante du commerce mondial transite également par des zones géographiques sensibles. Environ 80 millions de tonnes de LNG par an passent par le détroit d’Ormuz, soit près d’un cinquième du commerce mondial de LNG.
Dans ce contexte, le prix du gaz européen TTF évolue autour de 45 à 50 €/MWh, son plus haut niveau depuis un an.
Le marché garde également en mémoire l’épisode de mars 2022, lorsque le TTF avait atteint 345 €/MWh, un niveau qui avait alors provoqué une forte destruction de demande en Europe.
Le marché du pétrole et celui du LNG fonctionnent selon des logiques très différentes.
Le pétrole bénéficie d’un marché mondial profond et relativement flexible, avec des stocks stratégiques, des routes logistiques diversifiées et des capacités de production pouvant être mobilisées rapidement.
Le marché du LNG apparaît beaucoup plus rigide.
Le transport du gaz liquéfié nécessite des infrastructures spécialisées, une flotte dédiée et une dépendance importante à quelques grands terminaux d’exportation mondiaux.
Parmi les principaux sites figurent notamment Ras Laffan au Qatar, Sabine Pass et Corpus Christi aux États-Unis, ainsi que North West Shelf en Australie.
La fermeture récente de Ras Laffan par QatarEnergy, à la suite d’attaques de drones, illustre cette concentration du risque. Le terminal joue un rôle majeur dans les exportations mondiales de LNG, avec environ 80 % des flux dirigés vers l’Asie et 20 % vers l’Europe.
Cette structure rend le marché particulièrement sensible à toute perturbation logistique ou géopolitique.
Le gaz joue un rôle central dans plusieurs segments de l’économie européenne.
Dans l’électricité, il reste souvent le prix marginal de production. Un prix marginal correspond au coût de la dernière source d’énergie nécessaire pour équilibrer le réseau, qui influence ensuite le prix global de l’électricité.
Une hausse du gaz peut donc rapidement se transmettre aux prix de l’électricité.
Le secteur de la chimie de base est également fortement exposé, notamment pour les activités liées aux résines, plastiques ou dérivés chimiques.
Les engrais représentent un autre maillon sensible, la production d’ammoniac étant fortement dépendante du gaz naturel.
Plus largement, plusieurs industries à forte intensité énergétique restent vulnérables à une hausse durable des coûts énergétiques : verre, ciment, acier recyclé, métallurgie, papier-carton ou encore agroalimentaire industriel.
Le transport maritime et la logistique énergétique peuvent également subir une hausse des coûts de fret et d’assurance dans un contexte de tensions géopolitiques.
Cette diffusion potentielle explique pourquoi une crise gazière peut avoir un impact inflationniste important sur l’économie européenne.
Le prix du gaz européen TTF reste l’indicateur central surveillé par les marchés.
Le TTF est la principale référence du gaz naturel en Europe. Il reflète les tensions entre l’offre et la demande ainsi que les risques géopolitiques affectant les approvisionnements.
Les investisseurs surveillent également les flux de LNG transitant par le détroit d’Ormuz ainsi que la situation des grands terminaux d’exportation mondiaux.
Dans un marché aussi concentré, toute perturbation logistique peut avoir des effets rapides sur les prix internationaux du gaz.
Plusieurs secteurs européens apparaissent particulièrement sensibles à une hausse durable du prix du gaz :
Le gaz reste souvent le prix marginal de production électrique.
Les activités fortement consommatrices de gaz peuvent subir une hausse rapide des coûts de production.
La production d’ammoniac dépend fortement du gaz naturel.
Le verre, le ciment, l’acier recyclé ou encore certaines activités de métallurgie restent sensibles aux coûts énergétiques.
Le gaz est utilisé dans les procédés de vapeur et de séchage industriels.
De nombreux procédés reposent sur des besoins thermiques importants.
La plupart des grands groupes industriels disposent de couvertures partielles sur leurs coûts énergétiques, généralement à hauteur de 60 à 80 % sur des horizons de trois à six mois.
Ces mécanismes permettent d’absorber temporairement les variations de prix.
Mais si les prix du gaz restent durablement élevés, les couvertures expirent progressivement. Les nouveaux achats d’énergie se font alors à des niveaux plus élevés, ce qui peut augmenter les coûts de production et exercer une pression croissante sur l’économie réelle.
Cette transmission peut être progressive mais rapide lorsque les tensions persistent.