July 17, 2026

Avant le conflit, environ 20 millions de barils par jour de pétrole brut étaient exportés par les principaux producteurs du golfe Persique dépendant d'Ormuz.
Au plus fort du conflit, près de 14 Mb/j de production du Golfe ont disparu du marché, mais les prix sont restés bien en dessous de certains scénarios catastrophes.
Les producteurs accélèrent désormais des investissements qui pourraient permettre de sécuriser plus de 60 % de leurs exportations pétrolières d'ici fin 2028.
Si le pétrole n'a pas davantage flambé, ce n'est pas parce qu'Ormuz est devenu moins stratégique. Le marché disposait encore de plusieurs amortisseurs : une hausse de la production hors Golfe, une baisse de la consommation mondiale et un recours massif aux stocks stratégiques et commerciaux.
Les infrastructures existantes ont également joué un rôle. Les flux acheminés hors d'Ormuz via Yanbu en Arabie saoudite, Fujairah aux Émirats et Ceyhan en Turquie ont récemment atteint près de 6,9 Mb/j, soit environ un tiers des volumes habituellement concernés.
Ces marges de sécurité ont toutefois un coût : les stocks diminuent, les capacités inutilisées se réduisent et une partie de la demande a déjà été détruite. En cas de nouveau choc, le marché disposerait de beaucoup moins d'amortisseurs.
Les grandes ruptures géopolitiques transforment durablement les infrastructures. La fermeture du canal de Suez a favorisé les très grands pétroliers, et la crise du gaz russe a accéléré le déploiement des terminaux de gaz naturel liquéfié en Europe.
Le conflit actuel produit la même dynamique. L'Arabie saoudite, les Émirats et l'Irak investissent dans de nouveaux oléoducs, terminaux et capacités de stockage, pour un coût estimé entre 30 et 48 Md$, sur une durée de 2 à 4 ans.
À fin 2028, de telles infrastructures pourraient protéger environ 45 % à 75 % des exportations pétrolières pré-conflit, selon la vitesse de réalisation des projets.
Ormuz restera toutefois indispensable, notamment pour le gaz naturel liquéfié qatari et une partie des exportations du Koweït et de l'Irak. Le risque pourrait aussi simplement se déplacer : le pétrole peut ensuite dépendre de la mer Rouge et de Bab el-Mandeb, tandis que les corridors irakiens restent exposés aux tensions politiques.
Le problème n'est donc plus technique, il est politique.
En cherchant à utiliser Ormuz comme une arme géopolitique, l'Iran accélère paradoxalement les investissements qui pourraient réduire durablement le pouvoir stratégique du détroit.