August 7, 2026

À Kaub, principal passage critique du Rhin dans le sud de l'Allemagne, le niveau de référence est tombé à 21 cm, un plus bas depuis le début des mesures en 1880, contre un précédent record de 25 cm en 2018.
Le Rhin reste navigable, mais certaines barges ne transportent plus que 20 à 30 % de leur charge habituelle. Le coût du fret y atteint près de 150 € par tonne, contre environ 20 € en temps normal.
Le problème dépasse le Rhin. Sur le Danube, les basses eaux perturbent un corridor qui a transporté 62,7 Mt en 2025. En Hongrie, la centrale nucléaire de Paks, qui fournit normalement 40 % de l'électricité nationale, fonctionne à une fraction de sa capacité. En Roumanie, un réacteur a été arrêté et des travaux d'urgence ont été nécessaires pour maintenir le second.
La chimie, l'acier, le raffinage et les matériaux sont les plus exposés. thyssenkrupp doit acheminer près de 50 kt de matières premières par jour à Duisbourg. BASF, Covestro, Evonik et LANXESS font face à des coûts plus élevés, des tensions d'approvisionnement et, localement, à des réductions de production.
Les entreprises sont mieux préparées qu'en 2018 : stocks plus importants, barges à faible tirant d'eau, recours accru au rail et à la route. Ces mesures retardent les arrêts, mais ne remplacent pas la capacité du fleuve.
Une barge équivaut à plusieurs dizaines de wagons ou à près d'une centaine de camions. Le rail est déjà contraint par les travaux et la route ne peut absorber plusieurs millions de tonnes supplémentaires.
Une normalisation rapide limiterait l'impact sur la croissance allemande à quelques centièmes de point. Des basses eaux jusqu'à fin août ramèneraient probablement la croissance du troisième trimestre entre 0 % et +0,2 %.
Une prolongation en septembre pourrait retirer 0,25 à 0,40 point à la croissance et transformer les surcoûts logistiques en pénuries physiques, notamment dans la chimie et l'acier.
L'inflation serait d'abord visible dans les prix de production, les carburants, les produits chimiques et les matériaux. L'effet national resterait limité, mais il renforcerait un choc énergétique déjà présent.
À long terme, la réponse passe par des barges adaptées, davantage de capacités ferroviaires, des stocks de sécurité, une meilleure gestion des fleuves et des systèmes de refroidissement moins dépendants des débits.
La sécheresse ne ferme pas encore les fleuves européens, mais elle réduit suffisamment leur capacité pour transformer un aléa climatique en choc industriel.