Conflit du Golfe : les marchés croient-ils déjà à la fin de l’histoire ?

March 31, 2026

Les faits de marché

Depuis le début du conflit :

  • le Brent progresse d’environ 57 % sur un mois ;
  • mais le mouvement reste loin d’un emballement incontrôlé.

Les marchés actions corrigent, mais restent relativement ordonnés :

  • S&P 500 : environ -7 % ;
  • Europe : environ -10 %.

Le dollar se renforce d’environ +2,8 %, confirmant son rôle de principal actif refuge en période de stress mondial.

À l’inverse, l’or ne joue pas pleinement son rôle défensif traditionnel.

Enfin, les anticipations d’inflation de long terme restent relativement stables malgré le choc énergétique.

Le marché semble donc considérer que le conflit reste maîtrisable.

Pourquoi le “-X %” peut être trompeur

Le comportement actuel des marchés traduit une lecture implicite du conflit.

Le scénario dominant semble être celui d’une escalade suivie d’un recul.

Autrement dit :

  • les tensions montent ;
  • puis chaque acteur évite volontairement le point de rupture.

Cette logique ressemble à une forme de symétrie stratégique.

Côté américain

Le marché semble considérer que les États-Unis peuvent augmenter la pression… sans aller jusqu’à une confrontation incontrôlée.

Côté iranien

Le scénario dominant suppose également que l’Iran répondrait de manière calibrée afin d’éviter une escalade extrême.

Le marché ne nie donc pas le risque géopolitique.

Il considère simplement que les deux camps conserveront une forme de rationalité mutuelle.

Quel prix regarder et pourquoi

Plusieurs actifs confirment cette lecture.

Le pétrole

Le pétrole reste élevé mais ne price pas encore une rupture durable des flux énergétiques mondiaux.

Le marché semble considérer que les perturbations resteront partiellement gérables.

Le crédit

L’absence de stress majeur sur le crédit suggère que les investisseurs ne voient pas encore de risque systémique immédiat.

L’inflation de long terme

Les anticipations restent relativement ancrées.

Le marché considère pour l’instant que le choc énergétique :

  • peut ralentir la désinflation ;
  • mais ne provoquera pas nécessairement une spirale inflationniste durable.

Lecture : fondamentaux vs mécanique de marché

Le principal sujet devient la fragilité de cet équilibre.

Le scénario de “tensions contrôlées” suppose que chaque acteur garde en permanence la maîtrise de la trajectoire.

Or plusieurs éléments montrent déjà des extensions progressives du conflit :

  • implication plus directe des Houthis ;
  • perturbations persistantes des flux dans le Golfe ;
  • tensions sur les infrastructures et la logistique énergétique.

Le risque n’est donc pas seulement l’escalade volontaire.

Le risque est aussi celui :

  • d’une erreur de calcul ;
  • d’un incident ;
  • ou d’une perte de contrôle progressive.

Tant que l’équilibre tient

Les marchés peuvent continuer à fonctionner dans un régime de volatilité maîtrisée :

  • dollar soutenu ;
  • actions américaines relativement résilientes ;
  • pétrole sous contrôle relatif.

Si l’équilibre se brise

Le repricing pourrait devenir beaucoup plus brutal.

Les marchés devraient alors absorber simultanément :

  • un choc énergétique plus important ;
  • une inflation plus persistante ;
  • des taux potentiellement plus élevés ;
  • un ralentissement de la croissance.

C’est précisément cette combinaison qui rend le régime actuel instable.

Le marché price le contrôle… pas forcément la réalité

Le comportement actuel des marchés ne traduit pas une absence de risque.

Il reflète surtout une hypothèse :

celle que personne ne souhaite réellement perdre le contrôle de la situation.

Mais les crises géopolitiques deviennent souvent les plus dangereuses lorsque les acteurs pensent précisément maîtriser l’escalade.

Le marché semble aujourd’hui croire à une forme de rationalité mutuelle.

C’est ce qui stabilise temporairement les actifs.

Et c’est aussi ce qui peut rendre l’équilibre plus fragile qu’il n’y paraît.

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