June 30, 2026

Le président Lee Jae-myung a annoncé, aux côtés des dirigeants de Samsung Electronics et de SK Group, un plan d'investissement d'au moins 1 350 trillions de wons, soit environ 880 milliards de dollars, destiné à renforcer le leadership de la Corée dans l'intelligence artificielle.
Le programme s'articule autour de plusieurs axes.
Près de 800 trillions de wons seront consacrés à la construction de quatre nouvelles usines de semi-conducteurs mémoire.
Un montant supplémentaire de 81 trillions de wons doit permettre d'accélérer le développement des technologies de packaging avancé pour les puces HBM. Le packaging regroupe les techniques qui permettent d'assembler, protéger et connecter les puces afin d'améliorer leurs performances.
Enfin, 550 trillions de wons seront investis dans les infrastructures de centres de données, avec un objectif de 8,4 gigawatts de capacité d'ici 2029, puis 18,4 gigawatts à l'horizon 2035.
Le plan prévoit également une accélération des infrastructures nécessaires au développement de cette industrie, notamment dans les domaines de l'électricité, de l'eau et des transports, ainsi que des avantages fiscaux et une simplification des procédures administratives.
L'annonce intervient dans un contexte où la mémoire HBM est devenue l'un des principaux goulots d'étranglement de l'intelligence artificielle.
Les investissements réalisés par les grands acteurs américains alimentent une demande importante, que Samsung et SK Hynix cherchent à continuer de servir.
Pour autant, ce plan ne traduit pas l'arrivée immédiate de nouvelles capacités de production.
Le doublement de la production de DRAM est prévu sur une période d'environ cinq ans, tandis que le développement des centres de données s'étalera progressivement jusqu'en 2035. Autrement dit, l'annonce décrit une trajectoire industrielle de long terme davantage qu'une augmentation immédiate de l'offre.
Cette temporalité constitue un élément important de lecture. Les investissements annoncés concernent des projets dont les effets se matérialiseront progressivement, au rythme de la construction des usines, des infrastructures et des capacités de calcul.
L'annonce s'inscrit dans une stratégie déjà engagée depuis plusieurs années.
Les différents plans industriels successifs ont contribué au développement des grands clusters de semi-conducteurs, au renforcement des incitations fiscales et à la consolidation de la position mondiale de la Corée dans les mémoires.
Dans cette perspective, le nouveau programme apparaît comme une accélération d'une trajectoire existante plutôt qu'une rupture.
Cette continuité peut constituer un élément de crédibilité. Les investissements annoncés prolongent une politique industrielle déjà engagée, autour d'un objectif inchangé : maintenir la compétitivité du pays dans une industrie devenue stratégique.
Lorsque des plans d'investissement de cette ampleur sont annoncés, l'attention se porte naturellement sur les fabricants de puces.
Ces entreprises pourraient bénéficier de la progression de la demande. Elles supporteront néanmoins également le risque d'éventuelles surcapacités si le cycle de l'intelligence artificielle devait ralentir à l'avenir.
À l'inverse, l'annonce met également en lumière un ensemble d'acteurs moins visibles.
Les entreprises spécialisées dans les équipements de production, le packaging avancé, les matériaux, les réseaux électriques, les transformateurs, les systèmes de refroidissement ou encore les infrastructures pourraient profiter de cette vague d'investissements à mesure que les projets seront déployés.
Cette lecture illustre le principe souvent résumé par l'expression des « vendeurs de pelles » : lors d'un cycle d'investissement important, les fournisseurs des outils et des infrastructures nécessaires peuvent également bénéficier de la dynamique créée.
Cette annonce rappelle que la compétition mondiale dans l'intelligence artificielle ne repose plus uniquement sur le développement des modèles ou des logiciels.
Elle concerne également la capacité à construire les infrastructures physiques indispensables à leur fonctionnement : usines, centres de données, réseaux électriques et capacités industrielles.
Le plan présenté par la Corée s'inscrit dans cette logique de long terme. Son objectif est autant de développer les capacités de production que de créer l'environnement nécessaire à leur fonctionnement.
Pour les marchés, cette évolution souligne que la chaîne de valeur de l'intelligence artificielle dépasse désormais largement les seuls producteurs de puces. Une partie des retombées pourrait également concerner les entreprises qui fournissent les équipements et les infrastructures indispensables à cette montée en puissance.