Le Brent baisse, pas les carburants

July 14, 2026

Le fait : le pétrole brut se détend, les produits raffinés résistent


Le Brent est revenu autour de 75–80 dollars le baril, proche de son niveau d'avant le conflit avec l'Iran.

Pourtant, l'essence, le diesel et le kérosène ont beaucoup moins baissé. Aux États-Unis, la marge sur l'essence dépasse encore 53 $/b, et la marge théorique « 3-2-1 » approche 60 $, un niveau record.

Cette marge mesure l'écart entre la valeur des carburants produits et le coût du pétrole brut utilisé. Lorsqu'elle augmente, cela signifie que la ressource rare n'est plus nécessairement le pétrole, mais la capacité à le transformer.

Le véritable goulot d'étranglement est dans les raffineries


Environ 10 % des capacités mondiales de raffinage, soit près de 8 Mb/j, seraient actuellement indisponibles.

Les raffineries américaines fonctionnent déjà à des taux proches de 96 %. Elles disposent donc de peu de marge pour augmenter rapidement leur production.

En Russie, les frappes ukrainiennes ont fait tomber les volumes raffinés à 3,91 Mb/j, leur plus bas niveau depuis 2005 et plus de 1,4 Mb sous leur niveau d'un an plus tôt. La Russie exporte ainsi moins de diesel, mais davantage de pétrole brut non transformé. Le même choc contribue donc à faire baisser le Brent tout en maintenant les carburants à un prix élevé.

Le diesel est particulièrement tendu. Les exportations russes ont chuté de plus de moitié sur un an, poussant la marge européenne du diesel au-dessus de 51 $/b. Les raffineries arbitrent également leur production : la forte demande de diesel et de kérosène les incite à privilégier ces produits, parfois au détriment de l'essence. À cela s'ajoute la saison estivale, avec davantage de déplacements routiers, de vols et de besoins logistiques, alors que les stocks restent faibles.

Pour les consommateurs européens, la détente sera lente


L'Europe est particulièrement exposée après plusieurs années de fermetures de raffineries et une dépendance accrue aux importations.

Ses stocks de kérosène représentent moins de 30 jours de consommation, avec un déficit potentiel proche de 600 000 b/j au troisième trimestre.

Même si les flux à travers Ormuz se normalisent, la baisse des prix peut rester limitée tant que les raffineries russes restent perturbées, que les capacités du Golfe ne redémarrent pas pleinement et que les stocks ne sont pas reconstitués.

Le consommateur ne paie donc pas seulement le prix du pétrole. Il paie aussi sa transformation, son transport, son stockage et la sécurité des chaînes d'approvisionnement.

Le Brent redevient abondant, mais la capacité à le transformer au bon endroit, au bon moment et dans le bon produit reste rare.

Lien vers l'article:

Abonnez-vous à notre newsletter

Thank you! Your submission has been received!
Oops! Something went wrong while submitting the form.