Nike, le Vietnam et les droits de douane : qui gagne vraiment ?

April 5, 2025

Les faits de marché

Nike se distingue par un modèle industriel particulièrement externalisé.

L’entreprise ne possède quasiment aucune usine de production et s’appuie sur un vaste réseau de partenaires indépendants répartis principalement en Asie.

Production de chaussures

La répartition évoquée est la suivante :

  • Vietnam : environ 50 % de la production ;
  • Indonésie : environ 25 % ;
  • Chine : environ 15 % ;
  • Autres pays : environ 10 % ;
  • États-Unis : moins de 1 %.

Production de vêtements

La fabrication est davantage répartie entre plusieurs pays, notamment :

  • Vietnam ;
  • Chine ;
  • Cambodge ;
  • Indonésie ;
  • Bangladesh ;
  • Inde.

Cette organisation permet à Nike de bénéficier de capacités de production importantes et d’une forte flexibilité industrielle.

La réaction des marchés

Les nouvelles mesures tarifaires américaines ont immédiatement ravivé les inquiétudes concernant les entreprises fortement dépendantes des chaînes de production asiatiques.

Le titre Nike a connu une forte baisse, atteignant jusqu’à -16 % selon les données présentées, dans des volumes de transaction particulièrement élevés.

Par la suite, les déclarations du Vietnam ont contribué à améliorer le sentiment des investisseurs.

Le pays s’est dit prêt à supprimer les droits d’importation sur les produits américains en échange d’une approche similaire de la part des États-Unis.

Cette ouverture a été interprétée comme un signal potentiel de négociation bilatérale susceptible de réduire une partie des risques commerciaux.

Pourquoi le Vietnam est stratégique pour Nike

Le Vietnam occupe une place centrale dans l’industrie mondiale du textile et de la chaussure.

Pour Nike, il constitue aujourd’hui le premier centre de production de chaussures.

Cette concentration présente plusieurs avantages :

  • infrastructures industrielles spécialisées ;
  • main-d’œuvre qualifiée ;
  • réseaux logistiques développés ;
  • présence d’un écosystème complet de fournisseurs.

Ces caractéristiques expliquent pourquoi le Vietnam est devenu un maillon essentiel des chaînes de production de nombreuses multinationales.

Pourquoi une relocalisation est plus complexe qu’il n’y paraît

Les débats autour des droits de douane sont souvent associés à l’idée de relocalisation industrielle.

Toutefois, la situation apparaît plus nuancée dans le cas de Nike.

Une production déjà mondialisée

L’organisation industrielle du groupe repose sur des dizaines d’usines partenaires réparties dans plusieurs pays.

Reproduire cet écosystème dans un autre territoire nécessiterait du temps, des investissements importants et la constitution de nouvelles chaînes d’approvisionnement.

Des savoir-faire spécialisés

La fabrication de chaussures de sport implique de nombreux fournisseurs spécialisés, souvent situés à proximité des sites d’assemblage.

Cette concentration industrielle s’est développée sur plusieurs décennies.

Des coûts de production différents

Les écarts de coûts entre les différents pays constituent également un facteur déterminant dans les choix d’implantation industrielle.

Les droits de douane peuvent modifier certains arbitrages, mais ils ne changent pas immédiatement la structure industrielle mondiale.

Lecture : fondamentaux vs mécanique de marché

La réaction du marché à l’égard de Nike illustre la manière dont les investisseurs évaluent les conséquences potentielles des politiques commerciales.

Dans un premier temps, les droits de douane ont été perçus comme une menace pour les marges et les chaînes d’approvisionnement.

Dans un second temps, la perspective d’un dialogue entre les États-Unis et le Vietnam a réduit une partie de ces inquiétudes.

Cette séquence rappelle que les marchés réagissent souvent davantage aux anticipations qu’aux effets économiques immédiats.

Sur le plan fondamental, la question centrale reste celle de l’adaptation des chaînes de production mondiales à un environnement commercial plus fragmenté.

Les grandes multinationales cherchent généralement à diversifier leurs fournisseurs et leurs implantations afin de limiter leur dépendance à un seul pays ou à une seule région.

Le cas de Nike montre toutefois que cette diversification ne signifie pas nécessairement une relocalisation vers les marchés de consommation.

Qui pourrait bénéficier d’un accord ?

Si les discussions évoquées aboutissaient à des mesures réciproques, plusieurs acteurs pourraient en tirer avantage.

Les États-Unis

Une réduction des barrières tarifaires améliorerait l’accès des entreprises américaines au marché vietnamien.

Nike

L’entreprise limiterait une partie des perturbations susceptibles d’affecter sa chaîne d’approvisionnement.

Le Vietnam

Le pays préserverait l’attractivité de son industrie exportatrice, particulièrement importante pour son économie.

À ce stade, les discussions évoquées constituent toutefois une base de négociation plutôt qu’un accord finalisé.

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