Sanae Takaichi : le Japon relance le pari des Abenomics

October 9, 2025

Les faits de marché

Le Japon aborde cette séquence politique dans un environnement économique contrasté.

D’un côté, la croissance demeure fragile, notamment dans un contexte de vieillissement démographique et de productivité jugée faible. De l’autre, l’inflation est revenue après plusieurs décennies marquées par la déflation.

Les marchés financiers ont connu une forte progression. Depuis le début de l’année 2023, le Nikkei affiche une hausse de 52 % en dollars américains, accompagnée de flux importants vers les actions et le private equity.

Parallèlement, la Banque du Japon (BoJ) fait face à plusieurs défis. Le yen s’est affaibli et les taux d’intérêt à long terme ont progressé, plaçant la politique monétaire sous une attention accrue des investisseurs.

Pourquoi Takaichi ?

Élue à la tête du PLD, Sanae Takaichi devient la première femme à diriger le Japon.

Proche de l’héritage politique de Shinzo Abe, elle défend une approche présentée comme une nouvelle phase des Abenomics. Celle-ci repose sur deux piliers mis en avant dans son programme : un soutien budgétaire important et le maintien d’une politique monétaire accommodante.

Son positionnement nationaliste et conservateur s’adresse notamment à une partie de l’électorat préoccupée par l’inflation, la sécurité énergétique et la rivalité avec la Chine.

Pour les marchés, cette orientation politique est interprétée comme un signal de continuité en faveur de mesures de soutien à l’économie.

La réaction des marchés

La réponse des investisseurs a été rapide.

Les actions japonaises ont fortement progressé, avec une hausse de 6 % du Nikkei. Cette réaction traduit l’anticipation d’un environnement favorable aux actifs risqués dans le cadre d’une nouvelle phase de relance économique.

Le marché des changes a réagi dans le sens inverse. Le yen a perdu 3,3 % face au dollar, un mouvement cohérent avec l’idée que la Banque du Japon pourrait conserver une politique monétaire accommodante.

Du côté obligataire, les variations sont restées limitées. Le rendement de l’emprunt d’État japonais à 10 ans est passé de 1,65 % à 1,70 %, tandis que celui du 30 ans a progressé de 3,16 % à 3,17 %.

Ces évolutions ont été interprétées comme un léger ajustement des anticipations liées à la dette publique, tout en reflétant une demande qui demeure solide pour les obligations japonaises.

Lecture : fondamentaux vs mécanique de marché

La réaction observée met en évidence des attentes différentes selon les classes d’actifs.

Les marchés actions semblent privilégier l’hypothèse d’un soutien économique renforcé et d’un environnement favorable aux entreprises.

À l’inverse, la baisse du yen traduit une perception plus prudente concernant la monnaie japonaise dans un contexte de politique monétaire accommodante.

Enfin, le marché obligataire apparaît plus mesuré. Malgré une légère hausse des rendements, les mouvements restent limités au regard de l’ampleur de la réaction observée sur les actions et les devises.

Une tendance politique observée dans plusieurs démocraties

L’émergence de Sanae Takaichi est présentée comme s’inscrivant dans une dynamique plus large de montée de dirigeants conservateurs et nationalistes dans plusieurs grandes démocraties.

Le parallèle est notamment établi avec Donald Trump aux États-Unis et Giorgia Meloni en Italie.

Cette lecture souligne un contraste avec la situation française, décrite comme marquée par un Parlement difficile à gouverner et par une stratégie économique jugée peu lisible.

Dans cette perspective, le Japon fait le choix d’une orientation politique plus affirmée, perçue comme une prise de risque destinée à redonner une direction économique claire.

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