UE : la riposte “soft power” à la guerre commerciale

January 28, 2026

Les faits de marché

L’Union européenne a conclu deux accords structurants au début de l’année 2026.

Le premier concerne l’Inde. Les négociations avaient été lancées dès 2007 avant d’être gelées en 2013, puis relancées en 2022. L’accord a finalement été conclu près de vingt ans après les premières discussions.

Le second concerne le Mercosur, bloc économique réunissant plusieurs pays d’Amérique du Sud. Les discussions avaient débuté en 1999, avec un accord politique trouvé en 2019 avant une phase de renégociation liée aux enjeux environnementaux. La finalisation est intervenue début 2026.

Ces accords ne reposent pas uniquement sur des baisses de droits de douane.

L’accord UE–Inde inclut notamment :

  • des échanges de biens et de services couvrant 144 secteurs ;
  • des dispositions liées à la mobilité étudiante ;
  • une coopération en matière de sécurité.

L’accord UE–Mercosur conserve une logique plus commerciale et industrielle, avec néanmoins des limites importantes sur certains produits agricoles et un risque juridique lié à la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE).

UE–Inde : l’essentiel

L’accord avec l’Inde prévoit une ouverture commerciale particulièrement large.

Environ 97 % des exportations européennes vers l’Inde seraient progressivement libéralisées. Dans l’autre sens, la quasi-totalité des exportations indiennes vers l’Union européenne serait ouverte sur une période d’environ sept ans.

Les exportations européennes vers l’Inde pourraient doubler d’ici 2032 selon les projections évoquées par les marchés.

Plusieurs secteurs apparaissent particulièrement concernés :

  • automobile : droits de douane passant d’environ 110 % à 10 %, avec un quota de 250 000 véhicules par an ;
  • industrie : baisse quasi totale des droits sur les machines, équipements électriques et aéronautiques ;
  • vins et spiritueux : forte réduction des droits de douane.

En contrepartie, l’Union européenne ouvre davantage son marché à certains produits indiens, notamment :

  • textile ;
  • cuir ;
  • gemmes ;
  • chimie.

UE–Mercosur : une logique différente

L’accord avec le Mercosur semble davantage centré sur les échanges industriels et manufacturiers.

Il prévoit des réductions tarifaires pouvant atteindre 35 % sur plusieurs catégories :

  • automobiles ;
  • pièces détachées ;
  • machines ;
  • produits chimiques.

L’accès agricole reste en revanche strictement encadré via des quotas sur plusieurs produits sensibles comme :

  • le bœuf ;
  • la volaille ;
  • le sucre ;
  • l’éthanol.

L’impact économique semble par ailleurs perçu comme plus important pour les économies du Mercosur que pour l’Union européenne.

Pourquoi le “-X %” peut être trompeur

Réduire ces accords à une simple logique de baisse tarifaire serait probablement incomplet.

Les marchés semblent surtout y voir une transformation progressive de l’organisation commerciale mondiale.

Dans un environnement marqué par les tensions commerciales, les entreprises cherchent à :

  • diversifier leurs débouchés ;
  • réduire leur dépendance à un axe commercial unique ;
  • sécuriser davantage leurs chaînes de valeur.

Les accords commerciaux peuvent alors devenir des outils de stabilité stratégique autant que des instruments économiques.

Lecture : fondamentaux vs mécanique de marché

Ces accords semblent aussi répondre indirectement à la montée des politiques commerciales plus offensives observées ces dernières années, notamment aux États-Unis.

En multipliant les partenariats commerciaux et logistiques, l’Union européenne réduit potentiellement l’efficacité de certains leviers tarifaires extérieurs.

Plusieurs mécanismes peuvent expliquer cette évolution :

  • diversification des flux commerciaux ;
  • multiplication des routes maritimes et industrielles ;
  • intégration plus forte entre partenaires régionaux.

Les marchés semblent ainsi considérer que le contrôle des échanges mondiaux ne repose plus uniquement sur les droits de douane, mais aussi sur la capacité à structurer durablement des réseaux commerciaux, industriels et logistiques.

Dans ce cadre, les accords commerciaux deviennent progressivement des instruments de “soft power”, c’est-à-dire d’influence économique et stratégique.

Lien vers l'article:

Abonnez-vous à notre newsletter

Thank you! Your submission has been received!
Oops! Something went wrong while submitting the form.