Canada–États-Unis : la fin des “BFF” ?

January 27, 2026

Les faits de marché

Depuis les annonces de droits de douane début avril, la relation entre Washington et Ottawa semble avoir changé de nature.

Les marchés ne parlent plus uniquement d’une intégration économique structurelle entre les deux pays, mais d’une relation devenue plus transactionnelle et plus dépendante du contexte politique.

L’arrivée de Mark Carney comme Premier ministre canadien n’a pas conduit à un apaisement visible. Au contraire, son discours semble avoir rendu plus explicite une stratégie de diversification économique.

Lors du Forum économique mondial de Davos, Carney a déclaré que “l’ordre international fondé sur des règles est terminé”, estimant que :

  • les tarifs douaniers ;
  • la finance ;
  • les chaînes d’approvisionnement

étaient désormais utilisés comme des instruments de puissance.

Dans cette logique, une dépendance excessive à un seul partenaire commercial apparaît comme un risque souverain.

Le pivot Chine : soupape commerciale, ligne rouge américaine

Le Canada a rouvert certaines discussions commerciales avec la Chine, notamment autour :

  • de l’agriculture ;
  • des véhicules électriques sous quotas.

Du point de vue d’Ottawa, cette approche semble viser la création d’alternatives commerciales plutôt qu’un alignement stratégique avec Pékin.

Mais cette évolution est observée avec prudence à Washington.

Les États-Unis pourraient y voir un risque de “backdoor” chinoise vers le marché américain, c’est-à-dire une manière indirecte pour certains produits ou chaînes d’approvisionnement chinoises d’accéder plus facilement au marché nord-américain.

Inde & Australie : un repositionnement plus large

Le repositionnement canadien ne semble pas limité à la Chine.

Le ministre canadien de l’Énergie s’est rendu en Inde pour discuter :

  • énergie ;
  • uranium ;
  • minéraux critiques ;
  • gaz naturel liquéfié (GNL).

Des visites officielles en Inde et en Australie ont également été annoncées.

Les marchés interprètent ces démarches comme les éléments d’une stratégie de long terme visant à accroître les exportations canadiennes hors États-Unis au cours des dix prochaines années.

Pourquoi le “-X %” peut être trompeur

Réduire cette séquence à un simple conflit commercial serait probablement incomplet.

Les tensions actuelles semblent davantage refléter une redéfinition des dépendances stratégiques dans un contexte mondial plus fragmenté.

Le Canada paraît chercher davantage de résilience économique. Les États-Unis, eux, semblent vouloir préserver leur position dominante dans l’organisation industrielle et commerciale nord-américaine.

Cette opposition crée une dynamique plus structurelle que conjoncturelle.

Lecture : fondamentaux vs mécanique de marché

Donald Trump a réaffirmé sa pression sur le Canada avec plusieurs déclarations affirmant que le pays “vit grâce aux États-Unis”.

Il a également évoqué la possibilité de tarifs extrêmement élevés — jusqu’à 100 % — si Ottawa approfondissait certains liens avec Pékin.

Cette posture semble poursuivre deux objectifs :

  • rappeler l’asymétrie économique entre les deux pays ;
  • décourager toute autonomie stratégique jugée excessive.

Les conséquences d’une détérioration durable seraient probablement inégales.

Le Canada pourrait perdre :

  • un accès fluide à son principal marché ;
  • l’efficacité de chaînes de valeur très intégrées, notamment dans l’automobile et l’industrie ;
  • une partie de son attractivité économique via une hausse de la prime de risque.

Mais les États-Unis pourraient également être affectés, notamment par :

  • une moindre stabilité des approvisionnements énergétiques canadiens ;
  • des perturbations industrielles nord-américaines ;
  • une perte de profondeur stratégique en matière arctique et de défense continentale.

Les marchés semblent ainsi considérer que le choc serait plus sévère pour le Canada, tout en reconnaissant qu’une relation durablement dégradée pourrait aussi fragiliser certains intérêts économiques et stratégiques américains..

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