August 28, 2026

Les études SPIVA, devenues références incontournables, affirment que 87 % des fonds actions américains sous-performent leur indice sur dix ans. Pourtant, cette conclusion mérite un examen plus nuancé. Des ajustements méthodologiques simples réduisent drastiquement cet écart, tandis que les conditions réelles d'investissement diffèrent sensiblement du cadre théorique de ces comparaisons. Le choix entre gestion active et passive ne relève pas d'une vérité universelle, mais d'une allocation réfléchie selon les segments de marché et les structures de coûts.
Les études SPIVA constituent un point de repère solide. Sur dix ans, 87 % des fonds actions américains affichent une performance inférieure à celle de leur indice de référence, après déduction des frais de gestion. Ce constat s'appuie sur des données exhaustives et représente une réalité objectivable.
Cependant, une étude universitaire signée Martijn Cremers, Jon Fulkerson et Tim Riley révèle un élément fondamental : en modifiant trois hypothèses méthodologiques clés, l'écart se resserre considérablement. Sur la longue période, la part des fonds actifs sous-performants tombe alors autour de 55 %, contre plus de 90 % selon une interprétation classique. Cette divergence ne résulte pas d'une critique idéologique, mais de choix techniques de mesure qui reflètent davantage la réalité des portefeuilles réels.
La méthodologie SPIVA intègre trois biais structurels.
D'abord, tout fonds disparu est pénalisé comme un fonds ayant sous-performé. Cette survivance bias redimensionne effectivement les statistiques, puisqu'un portefeuille qui ferme est souvent un portefeuille mal géré. Ensuite, chaque fonds est pondéré de manière identique, indépendamment de sa taille. Un petit fonds gérant 10 millions d'euros compte exactement autant qu'un fonds de 10 milliards. Enfin, les indices sont comparés sans frais, tandis que les fonds actifs les intègrent. Or un investisseur choisit en pratique entre un fonds actif assorti de coûts et un ETF passif, lui aussi doté de frais, même minimes.
Un indice n'est pas un investissement viable : c'est une référence théorique. Il ne subit aucune des contraintes opérationnelles qu'affronte un gérant. Il n'a pas de limites de concentration (réglementaires ou prudentielles), ne gère pas de sorties de capitaux, ne maintient pas de trésorerie disponible. Cela lui permet de laisser quelques positions grandir sans limite.
En 2025, au premier trimestre, les cinq premières capitalisations du S&P 500 ont représenté jusqu'à 78 % de la performance globale de l'indice. Un fonds actif respectant des règles de diversification ou répondant à des demandes de rachat ne peut pas fonctionner de la même manière. Comparer une gestion active soumise à ces contraintes à un indice sans entraves revient à évaluer deux stratégies fondamentalement différentes.
Cela dit, les frais restent le principal obstacle de la gestion active. Plus ils sont élevés, plus le gérant doit créer de valeur simplement pour atteindre la performance de son indice, avant même de la surpasser.
Un fonds actif facturant 1 % de frais annuels doit générer au minimum +1 % de surperformance chaque année, toutes choses égales par ailleurs. Pour un ETF passif dont les frais avoisinent 0,05 %, l'obstacle est infiniment plus bas. Cette mécanique mathématique explique pourquoi la gestion passive gagne souvent les comparaisons moyennes : elle n'a pas ce handicap initial à rattraper.
Sur les grandes capitalisations américaines liquides, les ETF à très faibles frais conservent un avantage structurel difficile à contourner. Ces marchés sont efficients, largement arbitrés, et les prix intègrent rapidement l'information disponible. Dans ce contexte, battre l'indice de manière durable suppose soit une vision supérieure du marché, soit une prise de risque différente assumée consciemment.
Sur les obligations, les petites capitalisations, les marchés moins développés ou les portefeuilles très concentrés (sectoriels, géographiques), la gestion active peut retrouver davantage de pertinence. Ces domaines offrent des inefficiences plus durables, des spreads de prix plus amples et des opportunités de sélection. Un gestionnaire compétent, disposant d'une expertise spécialisée et de ressources de recherche adaptées, a de meilleures chances d'y créer de la valeur.
Une gestion réellement active, différenciée et à frais contenus réduit fortement le handicap initial. Passer de 1,5 % à 0,50 % de frais annuels modifie radicalement la probabilité de surperformance. Et si cette gestion active s'appuie sur une véritable conviction stratégique plutôt que sur une tentative générique de battre l'indice, les probabilités s'améliorent encore.
La gestion passive gagne souvent la comparaison moyenne, notamment sur les segments efficients et liquides. La vraie valeur de la gestion active apparaît surtout quand le marché est moins efficient, l'indice moins représentatif des opportunités disponibles, et les frais suffisamment bas pour ne pas annuler les efforts du gestionnaire.
L'allocation optimale n'est donc ni universellement active ni universellement passive : elle est segmentée, consciente de ses coûts et lucide quant aux asymétries méthodologiques que masquent les statistiques globales.
Ceci n'est pas un conseil en investissement.