Inflation américaine : faut-il vraiment comparer les années 2020 aux années 1970 ?

February 18, 2025

Les faits de marché

Les statistiques publiées pour le mois de janvier montrent une accélération de l'inflation aux États-Unis.

L'indice des prix à la consommation (CPI) progresse de 3 %, contre 2,9 % en décembre. L'inflation sous-jacente (Core CPI), qui exclut notamment les composantes les plus volatiles, atteint 3,3 %, contre 3,2 % le mois précédent.

Ces chiffres ont relancé les interrogations sur la possibilité d'un scénario comparable à celui des années 1970, période marquée par une inflation durablement élevée.

Les points communs avec les années 1970

Plusieurs similitudes sont mises en avant.

Les deux périodes ont été précédées par une forte hausse des matières premières. Dans les années 1970, les chocs pétroliers ont profondément affecté l'économie mondiale. Dans les années 2020, la pandémie de Covid-19 puis la guerre en Ukraine ont entraîné une forte progression des prix de l'énergie, des métaux, des engrais et de plusieurs matières premières agricoles.

Autre point commun : une période prolongée de politiques monétaires très accommodantes. Avant 1973 comme après la crise sanitaire, des taux d'intérêt faibles et une forte création de liquidités ont précédé la montée de l'inflation.

Les deux épisodes se caractérisent également par une progression des salaires. Toutefois, si les années 1970 ont connu une véritable spirale prix-salaires alimentée par une forte indexation des rémunérations, la dynamique actuelle est présentée comme moins auto-entretenue.

Enfin, dans les deux cas, les banques centrales ont engagé un resserrement de leur politique monétaire afin de freiner l'inflation. Dans les années 1980, la Réserve fédérale dirigée par Paul Volcker avait fortement relevé ses taux. Plus récemment, la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne ont également procédé à d'importantes hausses de taux, dans un contexte de ralentissement de la croissance.

Les différences entre les deux périodes

Malgré ces ressemblances, plusieurs différences importantes distinguent les années 2020 des années 1970.

L'origine des chocs inflationnistes n'est pas la même. Les années 1970 ont été marquées par les chocs pétroliers et la fin du système de Bretton Woods, tandis que la période récente s'inscrit dans le contexte des perturbations des chaînes d'approvisionnement après la pandémie, des plans de relance et de la crise énergétique.

Le fonctionnement du marché du travail a également évolué. Les négociations salariales apparaissent aujourd'hui plus flexibles, même si certains secteurs connaissent des tensions particulières.

La démographie constitue un autre facteur de différenciation. Alors que les années 1970 bénéficiaient de l'arrivée des baby-boomers sur le marché du travail, les économies développées font désormais face au vieillissement de la population, à des pénuries de main-d'œuvre dans certains secteurs et à des gains de productivité plus limités.

Les banques centrales disposent également d'une indépendance plus importante qu'au cours des années 1970, ce qui leur permet d'ajuster plus rapidement leur politique monétaire.

Enfin, la structure même de l'économie a changé. Les économies actuelles sont davantage orientées vers les services et le numérique, avec une mondialisation plus développée et des capacités d'ajustement différentes.

Lecture : fondamentaux vs mécanique de marché

Les comparaisons historiques sont utiles pour identifier certains mécanismes économiques, mais elles présentent aussi des limites.

Des phénomènes similaires peuvent produire des effets différents lorsque le contexte institutionnel, démographique ou technologique évolue. Les chiffres récents de l'inflation constituent donc un élément important d'analyse, sans permettre à eux seuls de conclure que l'économie suit le même chemin que celui observé dans les années 1970.

Les éléments à surveiller

Plusieurs facteurs pourraient influencer l'évolution de l'inflation au cours des prochains mois.

Les effets de la politique migratoire américaine sur l'offre de main-d'œuvre, l'éventuelle mise en place de nouveaux droits de douane, l'évolution du coût du service de la dette publique ainsi que les prochaines décisions de la Réserve fédérale figurent parmi les principaux sujets de vigilance.

Selon l'évolution de ces éléments, les marchés actions, obligataires, les devises ou encore l'immobilier pourraient réagir différemment.

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