Inflation publiée vs inflation ressentie : deux réalités qui coexistent

January 14, 2026

Les faits de marché

Les chiffres américains de décembre montrent une inflation toujours en ralentissement :

  • CPI : +2,7 % sur un an ;
  • Core CPI : +2,6 % sur un an ;
  • progression mensuelle du Core CPI : +0,2 %, sous les attentes.

Pour les marchés et pour la Fed, ces données renforcent l’idée d’une désinflation en cours.

Mais dans le même temps, plusieurs dépenses du quotidien continuent de progresser fortement :

  • alimentation : +0,7 % sur un mois ;
  • restaurants : environ +4 % sur un an ;
  • logement (“shelter”) : environ +6 % sur un an ;
  • assurance habitation : environ +20 % sur un an.

Les consommateurs ont également été confrontés à plusieurs vagues successives de hausse sur des produits très visibles :

  • cacao ;
  • café ;
  • œufs ;
  • pâtes et produits céréaliers.

Même lorsque ces hausses sont temporaires ou sectorielles, elles restent particulièrement marquantes car elles touchent directement les dépenses fréquentes des ménages.

Pourquoi le “-X %” peut être trompeur

Les marchés et les banques centrales raisonnent principalement en rythme de variation des prix.

Les ménages, eux, raisonnent davantage en niveau absolu des prix.

Autrement dit, même si l’inflation ralentit, les prix restent souvent bien plus élevés qu’avant les chocs inflationnistes récents.

C’est ce décalage qui explique la coexistence de deux discours :

  • pour la Fed, les progrès sur l’inflation sont réels ;
  • pour une partie des consommateurs, le coût de la vie reste fortement dégradé.

Les investisseurs deviennent eux-mêmes plus prudents dans leur lecture des statistiques.

Certains postes du CPI affichent désormais des variations mensuelles très volatiles :

  • tarifs aériens : parfois –5 %, puis +5 % à +7 % ;
  • véhicules d’occasion : de –1 % à +3 % ;
  • santé, loisirs ou assurances : hausses ponctuelles de 2 % à 3 % sur un mois.

Un seul poste peut ainsi modifier significativement le chiffre global mensuel de l’inflation.

Quel prix regarder et pourquoi

Les marchés surveillent de plus en plus les composantes liées aux dépenses contraintes :

  • logement ;
  • alimentation ;
  • assurances ;
  • services essentiels.

Ces postes ont un impact psychologique et économique important car ils concernent des dépenses difficiles à éviter ou à différer.

Le logement reste particulièrement central.

La composante “shelter” continue de peser lourd dans le CPI américain, ce qui contribue à maintenir une inflation “cœur” relativement élevée malgré le ralentissement d’autres catégories.

Les marchés suivent également les indicateurs de consommation afin d’évaluer si l’érosion du pouvoir d’achat commence à affecter plus durablement la demande.

Lecture : fondamentaux vs mécanique de marché

Le principal risque évoqué par les marchés ne semble plus être celui d’une inflation hors de contrôle.

Le sujet devient davantage celui de la répartition des effets économiques de l’inflation et de la politique monétaire.

Les ménages fortement exposés aux marchés financiers peuvent bénéficier :

  • de la hausse des actifs ;
  • du “wealth effect”, c’est-à-dire de l’effet positif de l’enrichissement patrimonial sur la consommation.

À l’inverse, les ménages moins exposés aux actifs financiers continuent de subir :

  • des prix durablement élevés ;
  • des dépenses contraintes importantes ;
  • une pression persistante sur leur pouvoir d’achat.

Cette divergence peut progressivement créer une fracture de la demande.

L’économie peut ainsi afficher :

  • une inflation statistiquement mieux maîtrisée ;
  • des marchés financiers solides ;
  • mais une consommation plus fragile dans certaines catégories de population.

Dans un contexte électoral, cette différence entre perception statistique et réalité quotidienne pourrait devenir un sujet politique et économique central.

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