June 26, 2026

L'or est brièvement passé sous le seuil des 4 000 dollars l'once, une première depuis le 7 novembre 2025, avant de rebondir autour de 4 035 dollars.
Ce mouvement marque une étape importante dans la correction engagée depuis le sommet proche de 5 600 dollars l'once atteint en janvier. Avec une baisse d'environ 30 %, le métal jaune est désormais entré en bear market, une expression utilisée pour désigner une correction d'au moins 20 % par rapport à un précédent sommet.
Cette évolution intervient alors que le contexte macroéconomique a profondément changé. En quelques mois, les anticipations des investisseurs concernant la politique monétaire américaine se sont totalement inversées. Là où le marché envisageait encore environ six baisses de taux à partir de septembre 2025, il anticipe désormais deux hausses de taux.
Ce renversement constitue l'élément central de la correction observée sur l'or. Plus que le niveau absolu des prix, c'est bien l'évolution des attentes des investisseurs qui semble avoir modifié l'équilibre du marché.
La correction actuelle s'explique avant tout par cette révision rapide des anticipations concernant la Réserve fédérale américaine (Fed).
La nomination de Kevin Warsh et son discours ferme face à l'inflation ont renforcé l'idée que les taux d'intérêt pourraient rester élevés plus longtemps qu'attendu. Les investisseurs ont progressivement adapté leurs anticipations à ce nouveau scénario.
Cette évolution s'est accompagnée d'un renforcement du dollar ainsi que d'une remontée des rendements obligataires, c'est-à-dire de la rémunération offerte par les obligations. Historiquement, ces deux évolutions sont généralement considérées comme moins favorables à l'or, qui ne verse ni intérêt ni coupon.
Le marché semble également avoir réduit son exposition au debasement trade. Cette expression désigne l'idée selon laquelle un niveau élevé d'endettement public finirait par être absorbé grâce à davantage d'inflation et une monnaie plus faible. Les investisseurs semblent aujourd'hui privilégier un scénario différent, en revenant vers le dollar et les obligations américaines.
Au-delà de ces mouvements, la rapidité du changement interpelle. En quelques mois seulement, les anticipations sont passées d'un scénario de nombreuses baisses de taux à celui de nouvelles hausses. Cette évolution rappelle que les marchés ajustent parfois leurs attentes de manière très marquée lorsque le contexte évolue.
Une baisse de près de 30 % peut donner l'impression d'un changement durable de tendance. Pourtant, le mouvement observé reflète avant tout une réévaluation des anticipations de politique monétaire.
Autrement dit, le marché ne semble pas uniquement réagir au niveau actuel des taux, mais surtout à ce qu'il pense que la Fed fera dans les prochains mois. Lorsque ces anticipations changent rapidement, les prix des actifs peuvent eux aussi évoluer de façon significative.
Dans ce contexte, la correction de l'or apparaît cohérente avec le changement de scénario actuellement privilégié par les investisseurs. Cela ne signifie pas pour autant que ce scénario soit immuable. Les anticipations de politique monétaire évoluent régulièrement au fil des nouvelles informations disponibles.
L'histoire des marchés montre d'ailleurs que ces anticipations ont souvent tendance à osciller d'un extrême à l'autre. Cette observation ne permet pas de conclure sur la direction future des prix, mais elle invite à distinguer les mouvements liés au sentiment de marché des évolutions de plus long terme.
À court terme, l'environnement reste peu favorable au métal jaune. Tant que le dollar demeure solide et que les taux réels poursuivent leur progression, l'or pourrait avoir des difficultés à retrouver une dynamique haussière durable.
Pour autant, les éléments structurels mentionnés ces derniers mois restent présents. Le niveau élevé de la dette publique mondiale, les achats record des banques centrales, la diversification des réserves de change ainsi que les incertitudes géopolitiques continuent de constituer des facteurs de soutien potentiels.
Cette coexistence entre des vents contraires de court terme et des soutiens de long terme illustre la différence entre la mécanique de marché et les tendances structurelles. Les premières peuvent évoluer rapidement au gré des anticipations de politique monétaire, tandis que les secondes s'inscrivent généralement dans un horizon plus long.
Enfin, un ralentissement de l'inflation, une stabilisation du dollar ou une nouvelle évolution des anticipations de taux pourraient modifier le sentiment des investisseurs. À ce stade, ces éléments constituent des scénarios possibles plutôt que des certitudes.