Marchés actions : pourquoi les performances dépendent du point de vue

June 11, 2025

Les faits de marché

Depuis le début de l’année 2025, les marchés européens ont pris l’avantage. Exprimée en dollars, la performance de la Zone Euro atteint 19,9 %, contre 2,1 % pour les actions américaines. L’indice mondial ACWI progresse quant à lui de 6 %.

Cette avance européenne est toutefois amplifiée par l’évolution des devises. En euros, la performance de la Zone Euro ressort à 10 %, ce qui reste solide mais réduit une partie de l’écart observé en dollars.

Lorsqu’on élargit l’analyse aux douze derniers mois, la hiérarchie évolue. Les actions américaines affichent une progression de 12,7 %, devant l’indice mondial ACWI à 12 % et les marchés européens à 10,2 %, soit 8,4 % en euros.

Ces chiffres montrent à quel point le choix de la période d’observation peut influencer les conclusions. Une photographie prise au début de l’année ne raconte pas nécessairement la même histoire qu’une analyse sur un cycle plus long.

Une croissance économique modérée des deux côtés de l’Atlantique

Les prévisions économiques pour 2025 et 2026 dessinent un scénario de croissance positive mais relativement modérée.

Aux États-Unis, le consensus anticipe une croissance du PIB de 1,4 % en 2025 puis de 1,5 % en 2026. En Zone Euro, la croissance attendue est de 0,9 % puis de 1,1 %. L’Allemagne, première économie européenne, afficherait une croissance nulle en 2025 avant un rebond à 1,1 % l’année suivante.

À l’échelle mondiale, la croissance devrait atteindre 2,3 % en 2025 comme en 2026.

Ces prévisions suggèrent que l’économie américaine conserve un léger avantage en matière de dynamisme économique, même si l’écart avec l’Europe apparaît moins marqué qu’au cours des années précédentes.

Quel prix regarder et pourquoi ?

Au-delà de la croissance économique, les marchés s’intéressent surtout à la capacité des entreprises à générer des bénéfices.

Sur ce terrain, les États-Unis conservent une avance. Les bénéfices des entreprises du S&P 500 sont attendus en hausse de 7 % en 2025 puis de 14 % en 2026. En Europe, les bénéfices du STOXX 600 progresseraient de 2 % puis de 11 % sur les mêmes périodes. À l’échelle mondiale, la croissance des bénéfices de l’indice ACWI est estimée à 8,1 % en 2025 puis à 12,6 % en 2026.

Ces projections expliquent en partie pourquoi les marchés américains continuent de bénéficier d’une prime de valorisation.

Les données disponibles soulignent toutefois un décalage important entre certaines prévisions concernant les entreprises européennes. Malgré plusieurs surprises positives récentes, les investisseurs restent prudents quant à la capacité de la région à maintenir cette dynamique.

L’Europe paraît moins chère, mais le marché reste exigeant

Les écarts de valorisation entre les deux régions demeurent significatifs.

Les actions américaines se négocient à environ 21,9 fois les bénéfices attendus sur les douze prochains mois, contre 14,4 fois pour les actions européennes. L’indice mondial ACWI se situe entre les deux à 18,2 fois.

À première vue, l’Europe semble donc plus attractive.

Cependant, cette différence ne signifie pas nécessairement que le marché européen est sous-évalué. Les investisseurs demandent également une prime de risque plus élevée pour investir en Europe. La prime de risque représente le rendement supplémentaire exigé pour détenir des actions plutôt que des actifs considérés comme moins risqués.

Cette prime atteint 4 % en Europe contre 2,5 % aux États-Unis, ce qui traduit une perception de risque ou une visibilité plus limitée sur les perspectives économiques et financières du continent.

Des flux qui soutiennent le marché européen

L’un des principaux moteurs de la performance européenne en 2025 provient des flux d’investissement.

Les fonds investis en actions européennes enregistrent leurs plus fortes entrées depuis une décennie. Cette tendance témoigne d’un regain d’intérêt des investisseurs internationaux pour la région, en particulier pour les secteurs industriels et cycliques.

À l’inverse, les marchés américains restent largement portés par les secteurs de la technologie et de la communication. Ces segments continuent de publier des résultats solides, mais leurs niveaux de valorisation demeurent élevés.

Cette rotation partielle des capitaux contribue à expliquer la surperformance récente de l’Europe.

Lecture : fondamentaux vs mécanique de marché

La comparaison entre l’Europe et les États-Unis illustre parfaitement la coexistence de deux moteurs de marché.

D’un côté, les États-Unis continuent de bénéficier de perspectives de croissance des bénéfices supérieures et de résultats d’entreprises robustes, notamment dans la technologie.

De l’autre, l’Europe profite actuellement d’un environnement favorable combinant plusieurs facteurs : des valorisations plus faibles, un afflux de capitaux internationaux et un effet de change favorable pour les investisseurs étrangers.

Parallèlement, plusieurs sujets de vigilance émergent aux États-Unis. Les investisseurs surveillent notamment les discussions autour de la Section 899 du projet de loi évoqué, les conséquences potentielles des droits de douane, le refinancement de la dette publique et l’évolution des taux d’intérêt à long terme.

À ce stade, aucune conclusion définitive ne s’impose. L’Europe bénéficie d’un élan favorable en 2025, mais les États-Unis conservent un avantage sur la croissance attendue des bénéfices. La question de savoir si cette rotation est conjoncturelle ou marque une évolution plus durable du leadership des marchés reste ouverte.

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