Private credit : le test de liquidité

March 30, 2026

Les faits de marché

Le premier trimestre 2026 marque une montée des tensions sur le segment :

  • environ 13 milliards de dollars de rachats ont été demandés ;
  • près de 4,6 milliards ont été bloqués par des plafonds de sortie.

Plusieurs grands acteurs du secteur limitent désormais les retraits à environ 5–7 % par trimestre.

Dans le même temps, la Banque centrale européenne lance une revue ciblée des expositions bancaires au private credit.

Des signes de dégradation apparaissent également dans certains portefeuilles, notamment sur les financements liés au secteur software.

Qu’est-ce que le private credit ?

Le private credit désigne principalement des prêts accordés à des entreprises en dehors des circuits bancaires traditionnels.

Ces financements concernent souvent :

  • des entreprises de taille intermédiaire ;
  • des opérations de LBO (rachat avec effet de levier) ;
  • des sociétés plus risquées ou moins accessibles aux marchés obligataires classiques.

Même si ces financements sont réalisés hors bilan bancaire traditionnel, les banques restent souvent indirectement liées au système :

  • financement ;
  • structuration ;
  • partenariats ;
  • lignes de crédit.

Pourquoi le “-X %” peut être trompeur

Le sujet principal n’est pas encore le niveau des pertes.

Le véritable test concerne la liquidité du modèle.

Le fonctionnement du private credit repose largement sur un équilibre :

  • actifs peu liquides ;
  • investisseurs pouvant demander des rachats réguliers.

Tant que :

  • les flux entrants restent importants ;
  • et que les sorties demeurent limitées ;

le système fonctionne relativement facilement.

Mais le régime change progressivement.

Le changement de régime

Les flux ralentissent alors que les demandes de rachats augmentent.

Les gérants doivent alors arbitrer entre plusieurs options :

  • vendre des actifs ;
  • ralentir les nouveaux investissements ;
  • ou limiter les sorties via des plafonds de retrait.

Cette gestion de liquidité devient progressivement centrale dans les décisions d’investissement.

Le sujet dépasse donc les seules performances des actifs financés.

Le risque réflexif

Une dynamique auto-entretenue peut apparaître.

Étape 1 : hausse des rachats

Les investisseurs demandent davantage de retraits.

Étape 2 : activation des plafonds

Les fonds limitent les sorties afin d’éviter des ventes forcées.

Étape 3 : détérioration de la perception

Les investisseurs deviennent plus prudents face à un produit perçu comme moins liquide qu’attendu.

Étape 4 : nouvelles demandes de rachats

Le mécanisme peut alors s’auto-alimenter.

Ce type de dynamique constitue l’un des principaux risques du segment.

Quel prix regarder et pourquoi

Les régulateurs commencent également à surveiller davantage le secteur.

La BCE cherche notamment à comprendre :

  • les interconnexions avec les banques ;
  • la qualité des actifs financés ;
  • les risques de contagion indirecte.

À ce stade, l’exposition directe des banques semble limitée.

Mais les autorités surveillent surtout les effets potentiels sur le financement global de l’économie.

Lecture : fondamentaux vs mécanique de marché

Les conséquences pourraient progressivement s’étendre au-delà du private credit lui-même.

Financement plus difficile

Les entreprises mid-cap et les opérations de LBO pourraient faire face à :

  • des conditions de financement plus strictes ;
  • des coûts plus élevés ;
  • une sélectivité accrue.

Pression sur les valorisations

Les sociétés fortement endettées deviennent plus vulnérables, notamment dans certains segments technologiques comme le software.

Spreads de crédit

Les spreads pourraient progressivement remonter sur les marchés non cotés.

Effets indirects sur les marchés actions

Les small caps et les entreprises dépendantes du levier financier pourraient être affectées indirectement.

Le sujet reste encore relativement discret car il concerne principalement des marchés privés et moins visibles.

Mais il reflète un resserrement du crédit non bancaire bien réel.

Une phase de réalité pour le private credit

Le private credit n’entre pas nécessairement dans une crise systémique.

Mais le secteur semble sortir progressivement d’un environnement où :

  • la liquidité paraissait abondante ;
  • les valorisations peu discutées ;
  • et les flux structurellement favorables.

Le marché devient désormais plus sélectif.

Le principal changement est peut-être psychologique :

la liquidité n’est plus considérée comme acquise.

Lien vers l'article:

Abonnez-vous à notre newsletter

Thank you! Your submission has been received!
Oops! Something went wrong while submitting the form.