Prendre sa retraite en Suisse

January 30, 2026

Prendre sa retraite en Suisse : quand et comment faire les bons choix

Prendre sa retraite n’est pas une décision qui se résume à une date inscrite sur un calendrier. C’est un choix stratégique, aux conséquences durables, qui mérite réflexion et préparation.Pour les frontaliers qui ont travaillé en Suisse, cette question est encore plus délicate, car elle implique de jongler entre deux systèmes : l’un suisse,l’autre français. La date de départ influencera directement vos finances, vos droits et votre niveau de vie sur le long terme.

Quel est l’âge officiel de la retraite en Suisse ?

Aujourd’hui, l’âge légal de la retraite en Suisse est fixé à 65 ans pour les hommes et à 64 ans pour les femmes. Toutefois, cette différence est en train de disparaître. Dès 2025, l’âge de la retraite pour les femmes sera progressivement harmonisé à 65 ans, à la suite d’une décision votée par le peuple en 2022.

Le versement de la rente AVS débute normalement le mois suivant votre anniversaire officiel de retraite. Mais attention : ce processus n’est pas automatique. Pour que vos rentes vous soient versées à temps, vous devez entreprendre certaines démarches à l’avance.

Frontaliers : pourquoi agir en amont

Si vous habitez en France et avez cotisé en Suisse, il est indispensable de prévenir les bonnes institutions plusieurs mois avant la date prévue de votre départ. Trois à quatre mois avant l’échéance, prenez contact avec :

  • Votre caisse de compensation AVS (pour la rente publique),
  • Votre caisse de pension (pour le 2e pilier),
  • Votre banque ou compagnie d’assurance (si vous avez un 3e pilier lié ou libre)

Ces démarches sont d’autant plus importantes que les délais administratifs peuvent varier selon les cantons, et que la coordination avec les autorités fiscales françaises peut prendre du temps.

Partir plus tôt

Nombreux sont ceux qui rêvent de quitter le monde du travail avant l’âge légal. Une retraite anticipée peut sembler séduisante, surtout si vous avez déjà des projets ou si vous aspirez à ralentir. En Suisse, cela est possible dès 58 ans, selon les caisses de pension. L’AVS peut, quant à elle, être perçue jusqu’à deux ans avant l’âge ordinaire.

Mais attention : cette décision a un coût. La rente AVS est réduite de manière permanente pour chaque mois d’anticipation. Il en va de même pour la rente LPP, qui sera plus faible,tout simplement parce que vous cotisez moins longtemps et commencez à retirer plus tôt. En règle générale, chaque année de retraite anticipée représente une perte équivalente à un salaire annuel. Et pour les frontaliers, cela peut aussi compliquer la gestion du capital entre deux pays.

Continuer à travailler après l’âge légal

L’inverse est également vrai. Vous pouvez tout à fait continuer à travailler au-delà de l’âge légal.Certains choisissent de prolonger leur activité par plaisir, d’autres parnécessité financière. Dans les deux cas, cela peut s’avérer avantageux.

Repousser le versement de la rente AVS permet d’augmenter son montant mensuel. Il est aussi possible de n’en percevoir qu’une partie (entre 20% et 80%) et de différer le reste.

Côté 2e pilier, certaines caisses autorisent également un report du versement jusqu’à 70 ans. Il faut cependant que vous exerciez toujours une activité rémunérée pour que ce report soit accepté.

Enfin, si vous continuez à travailler après l’âge de la retraite, vous cotiserez toujours à l’AVS sur vos revenus. Mais seuls les montants dépassant 1400 CHF par mois sont pris en compte, ce qui allège votre charge.

Et le 3e pilier dans tout ça ?

Le capital du 3e pilier,s’il existe, peut être perçu jusqu’à cinq ans avant l’âge de la retraite, ou différé au maximum de cinq ans si vous restez actif. Pour les frontaliers,cette marge de manœuvre peut permettre d’optimiser la fiscalité, surtout en répartissant les retraits sur plusieurs années. Cela dit, il faut bien vérifier les conditions de chaque contrat, car les règles peuvent varier d’un établissement à l’autre.

Préparer sa retraite financièrement : un processus en plusieurs étapes

Se poser les bonnes questions au bon moment fait toute la différence. Si vous êtes encore loin de la retraite, il est déjà temps de vous interroger sur vos placements, vos dettes, vos projets. Entre 50 et 55 ans, faites un état des lieux de votre patrimoine et de vos lacunes éventuelles en matière de prévoyance. Cela vous permettra de combler certains manques, par exemple par des rachats dans votre caisse de pension ou des versements supplémentaires dans un pilier 3a.

Cinq ans avant la retraite,commencez à simuler différents scénarios : à quel âge partir, sous quelle forme toucher vos avoirs (capital ou rente ?), quel sera votre revenu net en France,et quelles charges devrez-vous assumer ?

Un an avant le départ,ajustez votre stratégie de placement en tenant compte de votre avenir immédiat: souhaitez-vous transmettre un bien immobilier, garder votre résidence actuelle, changer de région ?

Six mois avant, informez vos caisses suisses de votre date de départ. Cela garantit que vos avoirs voussoient versés à temps, et dans les bonnes conditions.

Et une fois retraité ?

La planification ne s’arrête pas au jour J. Une fois à la retraite, continuez à suivre vos placements, ajustez votre budget si nécessaire, et sécurisez juridiquement votre situation : testament, mandat pour cause d’inaptitude, directives anticipées… Ces mesures garantissent que vos volontés seront respectées, même en cas de perte de capacité de discernement.

Enfin, n’oubliez pas qu’à la retraite, vous n’êtes plus couvert automatiquement par l’assurance-accidents de votre employeur. Pensez à souscrire une protection privée pour éviter les mauvaises surprises.